La fondue savoyarde : pourquoi le blanc s’est imposé
Star des repas conviviaux, la fondue mélange des fromages locaux – Abondance, Beaufort, Comté – et réclame un accord subtil. Traditionnellement, ce sont les blancs secs et nerveux qui sont choisis afin de rafraîchir le palais entre deux bouchées fondantes. La Jacquère, la Roussette, mais aussi la Mondeuse blanche ou l’Altesse, étaient les partenaires naturels, produits à quelques kilomètres seulement des alpages fromagers.
Une vieille croyance locale veut qu’un vin blanc local, minéral, évite de « couper » la fondue et favorise la digestion. Les habitants du Chablais racontaient que la brume du Léman et les pentes exposées sud d’Yvoire à Thonon donnaient à la Dôle ou à la Chasselas des notes vives qui « nettoyaient » la bouche – une alliance qui perdure avec bonheur aujourd’hui encore (source : Comité Interprofessionnel des Vins de Savoie).
La raclette et les plats de pommes de terre : équilibre et fraîcheur
Raclette, tartiflette, matouille… autant de plats où le gras du fromage fondu et la salinité de la charcuterie appellent un vin capable d’apporter détente et fraicheur. Ici aussi, les blancs dominent depuis plusieurs siècles, la Jacquère et la Roussette en tête. Mais dans certaines familles ou villages, on osait parfois un rouge léger, surtout si la raclette était accompagnée de jambon du pays ou de viandes fumées.
- Pour la tartiflette : la Roussette ou la Jacquère, pour leur vivacité, mais aussi le Chignin-Bergeron (cépage Roussanne), à la structure plus ample, étaient recherchés.
- En Chablais, l’AOC Crépy (Chasselas) gagnait les tables dès le XIXe siècle.
Une anecdote yverdonnoise relevée dans « Le Petit Futé des vins de Savoie » (2022) : dans certains villages, on gardait pour les festivités une bouteille de mousseux d’Ayze, réputé pour sa finesse, pour accompagner la raclette lors des grands rassemblements d’hiver.
Viandes, charcuteries et Mondeuse : le rouge fait son entrée
Si les rouges légers sont globalement minoritaires face aux blancs dans la tradition savoyarde, la Mondeuse (et occasionnellement le Gamay ou le Pinot noir) s’invitait avec bonheur pour les plats plus charpentés. Les diots (petites saucisses locales), potées et autres civets étaient servis avec des vins rouges frais, légers et fruités, dont le tanin venait souligner le côté poivré des spécialités carnées.
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On réservait la Mondeuse, typique du bassin chambérien, aux repas d’automne et d’hiver, où elle accompagnait volontiers les plats mijotés.
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Pour l’apéritif ou la charcuterie, on privilégiait des rouges peu tanniques ou légèrement perlants, parfois même bus « tibés » (rafraîchis dans la fontaine du village).
Le magazine La Revue du Vin de France (février 2023) rappelle l’engouement historique pour la Mondeuse dans la vallée de l’Arve, où elle était souvent servie en pichet lors des grandes tablées hivernales.